J'ai découvert une perle, à vous de lire...
Contes pour Anges Perdus

Geneviève Breault
Qui suis-je tu, tu penses ?
Je ne prétends rien être, sauf une écrivaine. Je ne l'ai pas choisi. Un jour j'ai pris un crayon et des mots sont sortis. J'y ai mis mon coeur et mon âme et ils se sont imprégnés sur le papier. Au fil des années, écrire est devenu la façon la plus simple d'exprimer mes pensées.
Ces quelques textes bâtis par mon esprit tordu ne furent pas écrits pour choquer ou pour faire peur. Qu'ils soient fantastiques, effrayants, tristes ou simplement bizarres, ils ne sont que le reflet de mes idées.
C'est un honneur pour moi de vous les offrir.
Bonne Lecture !
Geneviève Breault
L'enfant du Diable
« Je suis l'enfant du diable» Ces mots la poursuivaient sans cesse. «Je suis l'enfant du diable». D'une voix plus douce que la douceur. «Je suis l'enfant du Diable». Elle ne pouvait croire que cette voix s'adressait vraiment à elle. Parfois, la voix continuait : «Je suis l'enfant du Diable... et bientôt, tu le seras aussi !» Elle en faisait des cauchemars, même lorsqu'elle était éveillée. Elle ne savait pas d'où provenait la voix ni si elle avait un visage. «Je suis l'enfant du Diable...» Elle ne se souvenait même plus quand cela avait commencé «...et bientôt tu le seras aussi ! » Elle la craignait mais elle ne pouvait la fuir. Où qu'elle aille, la voix de velours la suivait. Elle n'aurait jamais pu se douter que la voix disait vrai...
L'Éternel sans l'amour
La lenteur du temps s'étire alors qu'elle se languit. Son odeur l'habite, sa douceur la captive. Il lui devient insoutenable de fonctionner sans avoir une idée du moment de leur prochaine rencontre. Elle ne vivait plus qu'en sa présence. Les choses devaient changer.
Une nuit de pleine lune, elle se rendit aux abord d'une chute. Elle implora les démons, les anges et tout les éléments de le faire amoureux d'elle comme elle l'était de lui. Cette nuit-là, on connut l'orage le plus terrible et puissant jamais vu au pays. Elle sut que sa demande avait été entendue.
Le lendemain matin, elle fut réveillée par un doux souffle. Elle ouvrit les yeux et découvrit le visage tant aimé qui la regardait avec tendresse.
«J'ai rêvé de toi», lui dit-il... Tu étais aussi belle que la rose, aussi pure que la lumière du matin, aussi forte que le vent d'hiver. J'ai compris que tu es la seule qui mérite mon amour. Fermant les yeux, elle jura de payer ce bonheur longtemps espéré.
Ils se marièrent et, le jour de la cérémonie, elle retourna en ce lieu où les esprits vivants et morts l'avaient exaucée. «Aujourd'hui je viens m'acquitter de ma dette envers vous... Dites moi ce que je dois et vous l'aurez». Une forme féminine sortit de l'eau, posa sa main sur la poitrine de la jeune femme, l'espace d'un instant, puis se retira. Le vent souffla : «Le prix de ce service est l'amour pur que tu portes en ton coeur. Tu vivras donc chaque jour de ta vie à ses côtés sans plus l'aimer afin de te rappeler par quel moyen tu as acquis son affection».
Déesse du ciel
Le ciel n'est pas encore noir et, déjà elle se lève. Douce et pure telle qu'elle a toujours été, telle qu'elle sera éternellement. Elle jette sa magie en rayons argentés, couvrant la terre d'une lumière blanche.
«Richesse du ciel, embrasse les étoiles ! Toi seule sait faire monter les vagues. Toi seule sait inspirer un poète en mal de mots ! »
Elle ne m'entend pas. Sa rondeur ne semble même pas avoir conscience de ma présence. Sait-elle toute l'euphorie donc elle est la cause ? Sait-elle tous les sacrifices faits pour l'atteindre ? Connaît-elle les rêves des amoureux qui la vénèrent ? Du haut de sa froideur, elle regarde la vie sans chercher à la comprendre.
La vie n'est pas pour elle, elle l'a quittée, il y a longtemps. Elle demeure seule au centre de son règne. «Lune, m'entends-tu ? »
Décrocher une étoile
Assise, seule dans son appartement, elle écoute le silence. Elle pense à lui, à la douleur qui la remplit depuis son départ. Elle aime la douleur presque autant qu'elle l'a aimé, lui. La douleur est toujours là, elle ne partira jamais, ne la laissera jamais seule dans le silence d'une nuit d'automne. Elle sort sur le balcon, lève les yeux vers le ciel. Les étoiles ont l'air si proches. Elle est certaine qu'en étirant le bras elle pourrait en décrocher une du ciel. Le ciel a l'air si proche et la terre, si loin, tellement loin sous ses pieds. Elle revient dans son appartement, s'assied. À la table, elle ouvre la boîte qui traîne là, en sort une seringue, une cuillère, un briquet et un sachet d'héroïne.
Elle fait fondre la poudre, la met dans la seringue, se met un élastique autour du bras, fait ressortir ses veines, glisse doucement l'aiguille sous sa peau et c'est l'extase. Elle ferme doucement les yeux et profite de la chaleur de la pièce. Elle se lève, marche jusqu'au balcon. Le ciel si proche, les étoiles... Le sol si loin...
Si elle pouvait attraper une étoile, seulement une, elle le lui donnerait pour qu'il revienne, et il reviendrait. Peut-être qu'en grimpant sur la rampe, elle pourrait atteindre le ciel. Elle grimpe, elle est si près du ciel, si près ! Elle sent son pied qui glisse, voit le ciel et les étoiles s'éloigner, sent son corps suspendue dans le vide. À ce moment précis, elle sait qu'il ne reviendra jamais et qu'il ne pleurera jamais sa mort.
Rêve ou Réalité?
Les serres de l'aigle se referment sur lui. L'homme se débat et cherche à se libérer. Il voit, sous lui, la terre s'éloigner.
Ils dépassent bientôt l'Etna, ce feu immortel. Il entend, dans les profondeurs volcaniques, le son des armes forgeant les armes des dieux. L'aigle divin se plie sur lui-même, prend l'homme dans son bec, puis se pose sur le bord de l'Etna.
L'homme sent la chaleur du magma sous lui. L'aigle pousse un cri, l'homme tombe, tombe et tombe... sans toucher un fond, qu'il soit de pierre ou de lave. Il ouvre les yeux, voit le soleil, sa chambre, son lit. Il est en sueur, son coeur bat à en sortir de sa poitrine. Ce rêve le poursuit depuis plus de huit ans, maintenant, sans jamais en voir le bout. Jusqu'au jour où il ne se réveilla pas.
L'artiste
L'artiste faisait jouer son instrument au coin d'une rue du centre-ville. Les passants passaient, la plupart sans la regarder. Les autres lui jetaient une poignée de change sans rien lui dire, pour échapper à la culpabilité qui rongeait leur âme.
La neige tombait doucement, recouvrant peu à peu les trottoirs. Les bottillons en cuir de la jeune musicienne se fesaient humides et froids. Ses mains tremblaient et les cordes devenaient plus raides. Elles blessaient ses doigts.
La lumière du jour tombait. Les marchand fermaient boutique. Les marcheurs se fesaient de plus en plus rares. La violoniste jouait toujours. Chaque note semblait la réchauffer. Elle continuait à jouer. Chaque symphonie emplissait son estomac vide. Elle jouait... Puis se retrouva seule avec les prostituées, les macros, les trafiquants de drogue.
La musique résonnait sur les buildings environnants. Plus l'écho multipliait les sons, moins la jeune femme pensait à sa solitude. Elle se voyait sur une scène, devant une foule venue l'entendre, ELLE. Plus elle jouait, mieux elle les voyait. Alors elle joua, joua toute la nuit, imaginant les bravos, les mains qui battaient la mesure.
Au matin, elle était toujours là. Les autos et les gens inondèrent à nouveau les rues. La plupart passait sans la regarder, les autres, lui jetaient une poignée de change pour échapper à leur culpabilité. Aucun ne remarqua que l'artiste était morte gelée. Entourée par sa foule imaginaire.
Le livre contient 22 contes
«L'artiste» fait partie du recueil souvenir
Tous droits réservés
ISBN 2-980-710C-0-1
Bibliotheque Nationale du Québec 2001
Bibliotheque Nationale du Canada 2001
La couverture est de Luc Saint Pierre
Mon ami Yvon "Le Libraire" ton départ a été brusque... 43 ans, le 21 octobre 2001, le jour de ta fête tu nous a quitter pour un monde meilleur, en guise de notre amitié, je te dédie cette page, toi qui est devenu un ange...
Bon voyage mon ami...