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Une aura de l'au-delà
Pauline Julien
Extrait de l'article publié après son concert à la
salle St-Georges à Délémont (Jura-Suisse)
en septembre 1973
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PAULINE JULIEN : LA CHANSON DE
COMBAT
"Pauline Julien chantait à
St-Georges. Il conviendrait plutôt d'écrire qu'elle combattait. Car la
Québécoise, c'est une militante, une passionnaria. Alors entre emblème
Jurassien et Québécois à fleur de lys, les clameurs de la lionne, à
chaque fois qu'elles touchaient à la similitude des deux actions
séparatistes, déchaînaient de sauvages applaudissements.
"Je suis d'une race en péril
Je suis notre libération
Je suis Québec mort ou vivant
Pourquoi est-il si long le chemin de la liberté ?
C'est aujourd'hui qu'il faut chasser la peur
Qu'il faut affronter l'ennemi
C'est aujourd'hui qu'il faut vivre debout"
En réalité, le répertoire de
Pauline Julien contient relativement peu de ces chansons-là, de ces
chansons libération. Car son combat à elle est universel. Soutenue par
un accompagnement musical proche du "pop" pas désagréable du
tout, elle se mue en une merveilleuse amoureuse, à la sensualité à la
Greco ou en chantre (ou dénonciatrice) des difficultés et des peines de
la vie quotidienne (voir la croqueuse de cette pillule-évasion qu'on
appelle chez elle le "222"). Les plus belles sont vues à
travers le prisme Vigneault.
Et jamais la voix ronde et
éclatante de la chanteuse (compositrice à ses heures) ne se départit de
son énergique dynamisme fait de cris du cœur. Unique regret, minime,
une partie de la substance qu'offrait Pauline Julien n'a pas pu être
reçue par le public : la frontière de l'accent québécois et de
l'idiome qu'on nomme "joual" n'est pas toujours franchissable.
Et l'acoustique de la salle n'arrangeait rien.
Le nom de Pauline Julien était,
ici, entouré de l'aura des artistes qu'on sait être grands sans les
connaître. Après cette soirée-tendresse, il ne sera pas oublié".

Texte : Jluc Vautravers
Photos : Jmarc Mouroux
"Le Démocrate" (Jura-Suisse)
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Deux
prénoms pour un nom
La vie est
faite de hasards et de rencontres. J'ai croisé l'espace d'un concert un
incendie virevoltant sur scène tantôt le point levé ponctuant ses cris de
révolte tantôt la paume ouverte pour une caresse tendresse habillée d'une
voix rauque et chaude. Deux yeux et deux mains si loquaces offrant pour partage
l'amitié et la noblesse du cœur!
Un feu follet
Québec chevillé au corps sur le front de tous les combats féminin singulier y
compris. Deux prénoms pour un nom à jamais gravé dans ma mémoire. Une Femme
(la majuscule s'impose) fidèle à elle même vivant debout sans concessions et
c'est debout qu'elle a quitté la scène avant que la Camarade ne l'y contraigne
dernier pied de nez à la vie.
Cette scène
l'a-t-elle quittée coté cour ou coté jardin? Coté cour sans nul doute cour
où manquent quelques pavés ceux là même qu'elle a lancés dans la marre des
fossoyeurs de rêves de tous bords. À leur place y poussent insolentes trois
fleurs : un bleuet, un lys et un coquelicot couleurs symboles de cette langue si
poétique qu'elle a si bien défendue et portée au nues... Salut l'artiste,
salut la rousse flamboyante!
Jmarclecancre.
Les photos qui suivent
sont uniques, elles n'ont jamais été diffusées dans un journal ou sur
internet à ce jour... Elle font partie de la collection privée d'un ami photographe
qui vous les présente en primeur après 29 ans près de son cœur.


 


Le dernier témoignage de Pauline Julien avant qu’elle nous
quitte le, 1er octobre 1998.
«Avant de tout perdre, la mémoire, la parole, la santé, le plaisir de
vivre, les attentions. les câlineries réciproques de ma famille et de mes
amis, l’habitude de rire à propos de tout et de rien, avant de mettre fin aux
nombreux et beaux voyages de Ouagadougou à North Hatley, je veux me les
rappeler, écrire certains moments que j’ai aimé vivre, en jouir et, plus
tard, en amuser Marie si ça lui chante.»

Pauline
Te voir partir volontaire après tant de combats
Te voir partir solitaire après tellement d’ébats
Pauline, souvenir de ma jeunesse
La voix qui miel du champagne et des fraises
La voix qui pleut clés et des chemins meilleurs
Pauline, souvenir de mon pays
Pionnière devant la barricade, prêcheuse engagée
Debout, écumante devant nos molasses raisons
Libre avant quiconque, ton élan sur notre confort
Qui barre à gauche toute qui ouvre chaque pore
Te voir partir volontaire après tant de combats
Te voir partir solitaire après tellement d’ébats
Pauline, souvenir de ma jeunesse
C’est ta génération qui s’acquitte en silence
Des comptes qui se règle sur le sang du temps
Alors que reste seuls devant les vieux rêves qui pâlissent
Cette jeunesse qui se cherche un combat
Dans le feu des idées recyclées
Armée de ta boussole et de ton compas
Elle écume déjà dans ces pacages de frissons en criant :
« Qui lèvera demain la prochaine liberté ? »
Pauline, souvenir de mon pays
Ce soir j’ai l’âme à la tempête
J’ai le coeur scruteur de prochains lendemains
Avec autant de ferveur que les tiens
Langevin, Miron, Godin et tous tes prêtres
Par où s’en va le rang des vraies missions ?
Celles qui nous font cramper le timon
Chanter à hurle-tête et danser la nuit en rond
Qui nous donnera la voie de la prochaine opinion ?
Te voir partir volontaire après tant de combats
Te voir partir solitaire après tellement d’ébats
Pauline, souvenir de nos fibrillations
Et c’est ce goût de liberté qui lâchement nous revient
Au gage de ta vie croyante
Missionnaire d’un vent plus doux sur la falaise du Cap
Quand le mot « révolution » bug les traitements de textes
Que l’on décaféine le mot « séparation » déjà bien oxydé
Te voir partir devrait nous donner le goût de te suivre
De s’endormir pour ne plus rien sentir…
Mais non! Debout! Que l’on réponde à ta quémande!
Te voir partir nous donne le goût de monter en haut, de descendre en bas
Te voir partir nous donne le goût de sortir dehors
D’écrire une histoire, la prochaine, la bonne, la celle
D’écrire une chanson, la prochaine, la bonne, la belle
Te voir partir avant le dernier combat
Ta voix droite, radicale et luminaire de l’infinie patience
M’appelle au coin de la rue avec les tiens
M’ouvre l'œil franc et la raison claire
Te voir partir volontaire après tant de combats,
Te voir partir solitaire après tellement d’ébats
Pauline, souvenir de notre futur
Martin Pagé
2 octobre 1998
« Poème dédié à Pauline Julien »
Le site web de Gérard Gorsse


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