Processus créatif 

Collage de textes sur le processus créatif

 

 

Encre de Arseno

 

 

 Quand notre œuvre nous dépasse, quand notre œuvre nous détruit. 


Rien n’est plus mystérieux que le processus créatif. A mon avis, il est d’essence divine. Car d’où peut bien venir l’inspiration, cette intuition qui nous pousse à nous dépasser dans l’œuvre artistique ?  D’après moi, elle sort tout droit de la Quatrième Dimension pour nous insuffler cette part angélique de notre humanité, celle qui nous fait transcender. L’œuvre artistique est grandiose. Elle ouvre, elle exalte, elle transmute, elle dépasse toute limite humaine pour nous révéler cet « autre chose » qui veille silencieusement au-dessus de nous.  En ce sens et si l’on considère que Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres, l’œuvre que nous créons nous appartient-elle ?  Et surtout, qu’allons-nous en faire ? Que devons-nous en faire ? Va-t-elle s’épanouir, s’enrichir, s’alléger jusqu’à prendre son envol dans le mimétisme du partage, but de toute création ?  Va-t-elle, au contraire, devenir pesante, ingérable puis étouffante pour finir suicidaire ? Tout dépend de la façon dont l’artiste va la considérer et se l’approprier.

Dans le processus de psychologie astrologique, le fait de créer est un acte plutonien. Ce sont les vibrations de la planète Pluton qui génèrent le plus en l’être « terrien » toute forme d’intuition superlative. Pluton marque aussi l’angoisse, celle qui va pousser l’artiste à se perdre dans la réalisation d’une œuvre artistique où il mettra tous ses ressentis.  C’est une catharsis, un exorcisme, une régénération. L’œuvre d’art devient alors la manifestation concrétisée des états d’âme.  Souvent, l’artiste s’arrête là. L’acte créatif a suffi pour le combler. L’œuvre marque un instant très intense mais très précis de sa vie et il est courant que s’y replonger quelques jours après ne lui procure plus du tout la même extase artistique. La magie s’est éteinte. L’œuvre a tout donné d’elle-même, elle semble achevée. Elle n’est alors que la trace d’une période d’illumination fugace, comme une photo à classer, quelque chose de statique, l’âme du moment. Elle laisse la place aux suivantes.

Mais que dire d’une œuvre artistique de longue haleine, peaufinée des mois, des années, voire toute une vie parce qu’elle a pris un aspect commercial ? C’est là qu’elle peut parfois devenir assassine en trahissant l’art et l’artiste. Comment ?

Toujours en psychologie astrologique, passé le processus d’intuition plutonienne, si l’œuvre s’installe dans la durée, c’est la planète Saturne qui va prendre le relais de sa création. Elle exige alors le renoncement à soi-même, la patience, le perfectionnisme, l’acharnement.  Et, surtout, l’humilité, tout ce qui fait que l’œuvre d’une si longue haleine trouvera son achèvement dans le sens de transmutation de l’artiste.

C’est l’Athanor, la Chrysopée, l’épreuve libératrice mais oh combien douloureuse. L’artiste en garde alors la pleine maîtrise car il y a apporté toute sa foi désintéressée. Il y a mis son âme.  Mais, les choses ne se passent pas toujours de cette façon !  Car, toujours en psychologie astrologique, avec la durée, outre Saturne, la planète Jupiter vient souvent, elle aussi, pointer son nez astral, de plus en plus envahissant.  Et Jupiter, c’est avant tout le besoin d’expansion matérielle. Celle qui nous pousse à penser : je gagne de l’argent donc je suis.  Alors, avec le temps, l’œuvre qui s’éternise va souvent susciter chez l’artiste le besoin d’être reconnu ainsi que l’envie d’un bénéfice matériel ou social. Et là, bonjour l’ego !

C’est à ce moment que les choses vont s’inverser et c’est « l’œuvre » qui risque de s’emparer du créateur. S’il reste dans les vibrations saturniennes, l’artiste reste au service de l’art dans toute sa pureté. Seule compte la réalisation de l’œuvre dans une approche de perfection.  C’est ce que fit Michel-ange et sa Chapelle Sixtine, œuvre colossale qu’il accomplit dans la solitude et le renoncement. Et, de plus, sans être payé.Mais si l’artiste entre dans les vibrations jupitériennes, l’oeuvre devient non plus un plaisir mais une obligation. Tombé dans ce piège, l’artiste se sent « contraint à produire».

En ce sens l’oeuvre va sembler si « nécessaire » qu’il n’aura de cesse à vouloir la poursuivre encore plus, parfois même au dépend de la qualité. C’est l’appel de la gloire et de l’argent. L’œuvre devient alors une création commerciale, souvent banale et répétitive, soumise à la pression des demandes, menant tout droit à un gonflement de l’ego qui risque de faire perdre tout notion de réalité.

Dans ce cas, on est loin de la démarche saturnienne de la rigueur artistique dépouillée. C’est Jupiter qui devient de plus en plus exigeante et qui finit par mener à ses excès : l’enflure de l’ego, la médiocrité, la perte du but initial de la création. C’est l’œuvre qui commence à tuer l’artiste. Parce qu’elle n’est plus dirigée par l’âme mais par l’ego. 
Est-ce là une trahison de l’art ?

Personne n’est à l’abri de cet écueil. Car il est difficile de garder le même état d’esprit du début à la fin de la création. Nous nous laissons bien souvent emporter, dévorer par elle car elle réveille continuellement de nouvelles perspectives qui se décuplent de façon exponentielle.

C’est là toute la différence entre le choix de l’accomplissement de l’œuvre ou de l’accomplissement de l’artiste !  L’œuvre créée avec l’âme ? L’œuvre créée avec l’ego ? Même si elle peut être tout aussi artistique, aura-t-elle la même valeur ?
Qu’en pensent les artistes ? 


 Agnès Borgo, astrologue

 

"D’un oeil, observer le monde extérieur, de l’autre regarder au fond de soi-même."
-
Amedeo Modigliani-


 

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