Processus créatif 

Collage de textes sur le processus créatif

 

 

  Parcours d’artiste et leçon d’une vie 

 

Mon parcours d’artiste est assez différent de la plupart des gens dits «normaux ». Je n’ai pas étudié pour devenir artiste peintre. J’ai plutôt découvert l’art, par pur hasard. Après l’achat d’une maison à Laval, située dans la section agricole, là où la tranquillité et l’air frais peuvent nous remplir les poumons. Sans aucune connaissance de l’art, j’avais décidé de produire des toiles avec le restant de peinture utilisé pour peindre les murs de ma nouvelle demeure. Finalement, un samedi après-midi, je suis allé chez un marchand d’art, pour me procurer deux toiles, de la peinture acrylique et quelques pinceaux, en me disant que le tout devrait être satisfaisant pour commencer. Après le souper, j’ai sorti mon kit et je me suis mis à peindre. En un temps éclair, j’avais déjà fini de remplir ma toile. Après une observation de mon œuvre (si je peux m’exprimer ainsi !), j’ai ressenti une sensation de satisfaction… ce que je n’avais jamais ressenti en 38 ans. 

Venant d’un milieu sportif, le sport était une partie très importante dans ma vie. Extrémiste de nature, j’ai pratiqué le sport de façon complètement démesurée. Par exemple, je pouvais jouer au tennis pendant 8 heures dans une journée, faire des saisons de vélo de 20 000 kilomètres, etc. Même avec ces exploits, je n’avais jamais ressenti une satisfaction d’avoir accompli quelque chose qui me touchait à l’intérieur. Apparemment, le seul bienfait retiré, était de faire sortir ce volcan qui était en moi. 

L’art m’a donné la satisfaction de créer, de mettre au monde quelque chose qui venait entièrement de moi et sans aucune restriction, la pure liberté. Ainsi, je me suis mis à peindre comme un fou. Toile après toile. Je venais de trouver un moyen d’évacuer cette énergie qui brûlait en moi. Je commençais à découvrir qui j’étais vraiment. La découverte a eu des points positifs mais aussi négatifs. À 38 ans, je venais d’être diagnostiqué hypersensible en plus d’une personnalité borderline. Ne sachant pas trop ce que ce terme voulait dire, j’en ai déduis que j’étais à la limite acceptable dans les règles de notre société. Après plusieurs conflits dans ma vie personnelle, j’ai vite réalisé que quelque chose n’allait pas. À la suite de consultations avec des médecins, on m’a expliqué la définition de borderline ou «état limite ». J’ai vite compris le pourquoi de mon tempérament extrémiste, mes dépressions fréquentes, mon sentiment de vide intérieur et pourquoi j’ai eu besoin de consommer autant de drogue à un très bas âge. 

Le sport évacuait mon surplus d’énergie et la drogue cachait mon hypersensibilité, refoulée dès mon enfance. Car, dans cette ère, le sexe masculin n’avait pas le droit d’être un être sensible, pouvant être perçu comme une personne faible. L’art m’a permis de venir en contact avec ce petit enfant, qui a été enfermé dans un cachot, pendant 40 ans. Lorsque je peignais, j’avais la sensation que quelqu’un d’autre peignait à ma place. Cet autre, était le petit enfant (le moi), qui demandait de se faire libérer de ce cachot. Après plusieurs réflexions, j’ai décidé de cesser de consommer pour me rapprocher et apprivoiser cet enfant, qui n’avait pas été compris depuis sa naissance. Dû à mon hypersensibilité et à une famille disfonctionnelle (absence d’amour entre les parents et absence d’attention à l’âge infantile), j’ai développé cette maladie mentale. Maladie soignée avec des antidépresseurs et une thérapie qui doit me réadapter afin de me permettre de vivre normalement. Je dois me réhabiliter, apprendre à vivre avec ce petit enfant hypersensible, qui demande seulement à s’exprimer et créer. 

L’art m’a permis de faire la plus belle rencontre de ma vie, mon moi intérieur, mais aussi, ce fut le plus grand choc de ma vie. Je dois réapprendre à marcher, pour permettre à cet enfant de s’exprimer et réorienter ma carrière afin que l’enfant vive et pratique ce qu’il aime le plus, L’ART. Créer pour vivre et vivre pour créer. La vie de borderline m’a emmené très souvent sur la ligne, entre la vie et la mort, d’où vient probablement le mot borderline (ligne limite). Ma seule raison de vouloir vivre maintenant est de permettre à mon enfant intérieur de créer des œuvres d’art et ça, jusqu'à sa mort. 
Vivre pour l’art et vivre de l’art. 



Ghislain Bourque
Pompier brûlé et artiste peintre dans l’âme.

 

"L'art n'est pas un luxe, mais un besoin vital."
Robert Bresson.

 

Arseno

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